Tais toi Gigi
Par Sandrina Perrin — Fondatrice de KLEIA-UP, coach en leadership incarné
Encore une réunion de projet au bureau, ou un repas de famille qui se tend. Et encore ce goût amer dans la bouche.
Tu sens que tu n'as pas donné le meilleur de toi-même. C'était "too much" ou pas assez. Soit tu t'es effacée par peur de déranger (face à un collègue ou un proche). Soit tu en as trop dit, trop cash, trop brute — et tu as senti le froid s'installer autour de la table.
Et cette voix dans ta tête qui te juge. Cette voix qui te susurre : "Tais-toi, tu vas encore dire une bêtise", "Ce n'est pas le moment", "Laisse tomber, ça ne t'intéresse pas vraiment".
Cette voix, je l'appelle Gigi.
Qui est Gigi ?
Gigi, c'est ta petite voix saboteuse. Celle qui te bombarde de : « Ce n'est pas le moment », « Tu es trop sensible », « Les autres sont tellement meilleurs que toi », « Une journée entière, c'est trop », « L'impro, c'est pas pour toi », « Tu as autre chose à faire ».
Gigi est née quelque part entre une enfance où l'on t'a appris à être sage, une école qui récompensait les élèves discrets, et une vie d'adulte où l'on te dit qu'il faut être fort, ne pas montrer tes faiblesses, ne pas déranger.
« Gigi n'est pas une ennemie. Gigi est une partie de toi qui a voulu te protéger — mais qui utilise des méthodes d'un autre âge, qui t'empêchent aujourd'hui de grandir. »
Gigi croit bien faire. Elle veut t'éviter le ridicule, l'échec, le regard des autres. Mais en réalité, elle te confine dans une cage invisible, celle de l'effacement de soi.
Le vrai coût de laisser Gigi gouverner
Si tu restes cachée derrière ton clavier, si tu gardes tes silences frustrés lors des discussions importantes, si tu t'empêches de prendre la parole en réunion : qu'est-ce que ça t'apporte ?
Un soulagement de trois secondes. Et après ?
- L'amertume — celle qui s'installe en fin de journée, quand tu repenses à tout ce que tu n'as pas dit.
- La frustration — de voir les autres avancer pendant que tu restes figée.
- L'invisibilité — cette sensation terrible d'être présente physiquement mais absente de l'échange.
- La perte de confiance — à force de ne pas t'entendre, tu finis par douter de ta légitimité à exister dans la conversation.
Et si, aujourd'hui, on disait STOP à Gigi ?
Technique n°1 : La rigologie comme contre-attaque
Voici l'arme secrète que j'enseigne à toutes mes clientes et que tu peux utiliser dès maintenant : le rire.
Oui, le rire. Pas le rire moqueur — le rire libérateur, celui qui désarme le mental et reconnecte au corps. La rigologie, ou yoga du rire, est une pratique qui consiste à provoquer un rire franc, même artificiel au départ, jusqu'à ce qu'il devienne naturel et communicatif.
« Le rire est la façon la plus rapide de court-circuiter le mental critique. Gigi ne sait pas rire. Gigi est sérieuse, analytique, négative. Le rire la désarme complètement. »
Quand tu ris, ton cerveau libère des endorphines, de la dopamine, et réduit le cortisol (l'hormone du stress). Tu passes littéralement d'un état de défense à un état d'ouverture. En une seconde, ta posture change, ta voix se libère, et Gigi n'a plus aucun pouvoir sur toi.
Exercice express : Le rire qui désarme Gigi
La prochaine fois que tu entends Gigi dans ta tête avant une prise de parole, essaie ceci :
- Observe-la : Prends conscience de sa voix sans la juger. Dis-toi simplement : "Ah, voilà Gigi qui s'active."
- Exagère-la : Imagine Gigi comme un personnage de cartoon, avec une voix aiguë et des grands gestes dramatiques. Donne-lui un look ridicule.
- Ris-en : Laisse échapper un rire — forcé au début, peu importe. « Ha ha ha ! » à voix haute, même dans les toilettes du bureau. Le corps ne fait pas la différence entre un rire provoqué et un rire spontané au bout de quelques secondes.
- Parle : Maintenant, prends la parole. Tu verras, ta voix est plus posée, ta posture plus ouverte, et Gigi... elle est partie ronchonner ailleurs.
Technique n°2 : Renommer Gigi pour l'apprivoiser
Donner un nom à sa voix critique, c'est déjà faire un premier pas pour la désamorcer. Pourquoi ? Parce que ce qui est nommé peut être apprivoisé. Ce qui reste dans l'ombre, diffus et sans forme, garde tout son pouvoir.
Gigi devient une entité extérieure à toi. Tu n'es pas Gigi. Tu es celle qui entend Gigi. C'est une distinction fondamentale.
- Quand Gigi te dit "Tu n'y arriveras pas", réponds-lui calmement : "Merci Gigi, je prends note, et je le fais quand même."
- Quand Gigi te dit "Tais-toi, tu vas dire une bêtise", réponds : "Je choisis de parler. Mon avis a de la valeur."
- Quand Gigi te dit "Les autres sont meilleurs", réponds : "Je ne suis pas en compétition. Je suis sur mon propre chemin."
Ce dialogue conscient avec ta voix intérieure te replace en position de choix et de pouvoir. Tu n'es plus victime de Gigi — tu deviens celle qui écoute... et qui décide.
Technique n°3 : Le corps d'abord, le mental après
Gigi vit dans ta tête. Pour la faire taire, il faut sortir de la tête et descendre dans le corps.
C'est une règle que je répète dans tous mes accompagnements : tu ne penseras jamais ton chemin vers une nouvelle façon d'être. Tu dois l'incarner.
- Plante tes pieds dans le sol — sens le contact avec la terre, largeur du bassin, genoux déverrouillés.
- Ouvre ta cage thoracique — épaules en arrière et vers le bas, comme si tu déployais des ailes dans ton dos.
- Regarde devant toi — pas vers le sol, pas vers le plafond, mais droit dans la direction de ton auditoire.
- Respire — une grande inspiration, ventre qui gonfle, et expire lentement par la bouche en imaginant que tu souffles Gigi loin devant toi.
Quand tu adoptes cette posture, ton cerveau reçoit le signal que tu es en sécurité, que tu as de l'espace, que tu es légitime. Le mental suit le corps, toujours.
Le déclic qui change tout
Gigi ne disparaîtra jamais complètement — et c'est normal. Le but n'est pas de la faire taire pour toujours, mais d'apprendre à parler malgré elle, puis avec elle, et enfin de réaliser qu'elle n'est qu'une voix parmi d'autres dans ta tête.
Le jour où tu comprends que Gigi n'est pas la vérité, mais juste une opinion (et souvent une opinion erronée), ce jour-là tu récupères les clés de ta liberté d'expression.
Si tu veux aller plus loin et expérimenter ces techniques dans un cadre bienveillant, je t'invite à ma prochaine Session Déclic aux Sables d'Olonne — un espace d'expérimentation pour tester, te tromper, rire de toi-même, et reprendre concrètement le pouvoir sur ta voix.
Coach en leadership incarné — Fondatrice de KLEIA-UP
Ne manque aucun déclic.
Inscris-toi pour recevoir le Journal directement dans ta boîte mail.
JE REJOINS LE MOUVEMENT